Il ne faut cependant pas se faire d’illusions; ce n’est pas dès le début de l’application de ces commandements qu’on jouera merveilleusement du violon. Ce ne sont pas des remèdes miracles mais des moyens susceptibles à rendre la santé à ceux qui en ont besoin. Je répète qu’il s’agit là de questions de bases.

On apprend tous les jours. La science ou les sciences ont fait des progrès immenses ces dernières dizaines d’années. Il faut concéder que malgré le fait que nous employons toujours le même instrument qu’il y a deux siècles, les moyens de cet emploi ont évolués de façon extraordinaire, surtout durant les 10 dernières années, et je crois qu’ils sont susceptibles d’évoluer encore dans les années qui suivent.

Voici donc ces quatorze ‘commandements’:

1. La détente musculaire dans tout le corps.

2. Employer les articulations avec un maximum de détente, tout en observant la même aisance dans la partie non active du corps.

3. Méme dans une immobilité complete, il faut veiller tres sévèrement à ce que les muscles restent souples.

4. Les articulations doivent se mouvoir selon leur origine physiologique. Un exemple: au moment de plier l’articulation du coude droit, celle-ci ne doit pas tout un coup surplomber en hauteur le restant du bras. Il ne faut donc pas soulever le coude pendant qu’on travaille avec l’articulation. Un autre exemple: le poignet de la main droite doit être employé dans le sens indiqué par la nature. Il ne faut donc pas faire un mouvement horizontal comme le font beaucoup de violonistes. Même un nouveau-né agite le poignet dans le sens naturel.

5. Les doigts sur l’archet doivent garder une flexibilité complète dans n’importe quelle position.

6. Extrêmement important: ne jamais hausser ni l’épaule droite, ni l’épaule gauche.

7. La flexibilité du bras gauche doit être rigoureusement observée et les mouvements de passage de la corde de sol à la corde de mi doivent être exécutés avec énormément de souplesse.

8. Le poignet de la main gauche doit rester aligns dans le même sens que le bras. Le poignet ne doit jamais être courbé ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.

9. Les doigts doivent tomber sur les cordes dans le même alignement et ainsi, on compense aussi le quatrième doigt, qui est fatalement plus court. Exemple: tâchons de mettre le premier doigt dans la première position sur le LA, le deuxième sur le FA dièse, le troisième sur le RE et le quatrième sur le SI. Les doigts doivent tomber l’un à cote de l’autre, je le répète, dans le même alignement et il faut veiller aussi à ce que le quatrième doigt soit dans une position arrondie et non à plat. On obtient à ce moment là une position idéale de la main gauche; si les doigts sont bien placés la main est placée dans un alignement parallèle avec le manche du violon.

10. Il faut absolument veiller à l’indépendance du pouce par rapport aux autres quatre doigts; il faut donc une souplesse absolue de ce côté là. La paume de la main doit rester souple. Pour ce faire, il faut prendre en consideration que le pouce doit se trouver plus bas que le premier doigt au violon. Pour ajuster le pouce à sa vraie bonne place, il suffit d’ouvrir complètement la main et on se rendra compte ainsi que le pouce se trouve en arrière des autres doigts. En mettant la main au violon, on doit donc conserver sa conformation physiologique. Le pouce ne doit en aucun cas rejoindre la hauteur des autres doigts, même pas celle du premier, de manière à ne pas contracter la paume et garder la position déterminée par la nature.

11. Dans l’art du violon, l’activité de la main droite prend à mon avis 70 % d’importance. Elle influe aussi sur la sonorité dans la même proportion. Pour avoir des sonorités pleines et généreuses, il faut veiller à employer uniquement le poids du bras sans y ajouter des forces extérieures. Dans les grandes expansions expressives, quand une sonorité forte est exigée, on peut très exceptionnellement ajouter un peu de force par l’appui du bras, mais toujours en veillant à ne pas tendre les muscles et à garder de la souplesse. Dans ces moments là, il faut veiller à ce que la force transmise à la baguette soit effectuée par tous les doigts, et pas uniquement par l’index.

12. Le vibrato restera toujours l’estampillage personnel du violoniste. Il s’agit de conjuguer d’une manière heureuse les deux sources d’ou jaillissent la sonorité afin d’équilibrer une sonorité prête à toutes les modulations.

13. Le vibrato étant lié très intimement à la personnalité du violoniste, il faut se garder de modifier un vibrato alors qu’on le fait d’une manière souple et spontanée. Il faut intervenir et rectifier le vibrato quand il nest pas fait de manière détendue mais de manière crispée, empêchant toute transmission d’idée ou de pensée et rendant caduque tout changement de couleur qui pourtant doit être à la disposition de tout violoniste interprète.

14. Pour avoir un bon équilibre dans la stature du violoniste, il vaut mieux concentrer d’avantage le poids sur le pied gauche, et absolument éviter de s’appuyer uniquement sur le pied droit.

Certains violonistes parviennent à un bon équilibre en partageant le poids sur les deux pieds. Cela peut être acceptable; toutefois, il faut veiller sévèrement à ne pas prendre en secours un point d’appui sur le pied droit et par là enlever la liberté d’action de la main droite. Des problèmes surgiront certes au cours des travaux violonistiques, mais ces multiples soucis devront toujours être solutionnés en revenant à la base et en ne s’en écartant jamais.

Les considérations et les directives que nous nous donnons pour faire évoluer la qualité de notre jeu sont multiples. Le jeu du violon est très exigeant et demande énormément de perspicacité, de clairvoyance et de contrôle de soi.

Pensons seulement qu’en voulant obtenir une note longue avec la même force dynamique durant tout le parcours, en commençant au talon et en terminant à la pointe, nous devons guider notre archet de telle sorte que presque chaque dixième de millimètre soit traité avec de plus en plus d’intensité, sans quoi nous arriverons fatalement à une diminution progressive de la force sonore.